moi-même
Autrefois, quand j’étais plus jeune, je me disais que je pourrais peut-être devenir quelqu’un d’autre que moi-même. Je croyais que rien n’était impossible, que je pouvais même ouvrir un bar à Casablanca et rencontrer Ingrid Bergman. Ou alors, de façon plus réaliste — laissons de côté le fait de savoir si c’était vraiment réaliste ou pas —, il m’était arrivé de penser que je pourrais mener une vie plus utile et correspondant mieux à ma personnalité. Je m’étais même entraîné à me transformer intérieurement dans ce but. J’avais lu La Révolution verte, j’avais vu trois fois Easy Rider. Mais je finissais toujours par revenir au même point, comme un bateau au gouvernail tordu. C’était ça, moi-même. Ce « moi-même » n’allait nulle part. « Moi-même » était toujours là et attendait seulement que je revienne à lui.
Fallait-il appeler ça le désespoir ?
Je n’en savais rien. C’était peut-être du désespoir. Tourgueniev aurait peut-être appelé ça la désillusion, Dostoïevski l’aurait appelé l’enfer, et Somerset Maugham la réalité. Mais, quel que soit le nom qu’on lui donne, c’était « Moi-même ».
Haruki Murakami, La Fin des Temps
2 responses
Sinon, pour ceux qui croient en la réincarnation, y’a le suicide, hein ;)
Nan, mais, j’déconne, ho.
Joli passage.
#1 Xavier — 2005/05/14 at 20:01
Au fil des pages je me rends compte que je te connais, virtuellement, mais nous nous sommes rencontrés aussi en vrai. J’adule Haruki Murakami. J’aime ce passage. bisous ao-chan
#2 chan — 2005/07/11 at 21:35
Your words