montreur de marionnettes
«Du vice?
– Oui, et le vice organique des écrivains. Car ils se disent : « Je vais, je veux devenir un auteur ! » Mais qu’est ce que ça signifie, en définitive ? Ça consiste à se faire montreur de marionnettes. Et pourquoi ? Tout simplement pour le désir égoïste qu’éprouve le montreur de se montrer, de se grandir, lui, par contraste avec les poupées qu’il montre ! Le moi, rien de plus ! Tenez, pourquoi pensez-vous qu’une femme se maquille ? Exactement pour la même raison : au fond, ça se vaut, il n’y a aucune différence !
– Fichtre, pour sévère, vous l’êtes ! Mais, dites-moi : Monsieur, à employer le mot d’écrivain, ou d’auteur dans le sens où vous le faites, ne croyez-vous pas qu’il faudrait sans doute, dans une certaine mesure, distinguer l’écrivain proprement dit — je veux dire la personne de l’auteur — de l’acte même d’écrire, de créer ?
– Ma foi, c’est la question. Mais, pour moi, la chose est simple : j’ai voulu essayer de me faire écrivain ; et si écrivain je ne puis devenir, dès lors, je ne vois certes pas où serait pour moi la moindre nécessité d’écrire ! »Kôbô Abe, La femme des sables